L'histoire du village

Les habitants de Sauchy-Cauchy se nomment: les Salcicauchissois. Autrefois, le vllage s'appellait Saulthy-Cauchie. Sauchy vient du mot latin "Salicetum", endroit planté de saules; et le mot Cauchy qui est l'altération de "Chaussée". Cette dénomination résulte de la position du village, sur la voie romaine de Cambrai à Tournay, qui était une chaussée empierée.

Sauchy-Cauchy au début du XXe siècle

Extrait d'un reportage dans le Grand Echo du 6 septembre 1905

LES VIEUX DE SAUCHY-CAUCHY AU DEBUT DU SIÈCLE

Parmi les exquises Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet, l'une des plus charmantes et des plus touchantes est la visites aux vieux, ces petits vieux, vieux, archi vieux qui s'assoupissent au ronflement d' une grosse horloge, je l'ai vécue un peu cette fiction délicicuse, l'autre jour à Sauchy-Cauchy. Il y manquait bien le soleil ardent de la Provence, mais c'était tout de même par un des rares beaux jours de l'été capricieux que nous avons. À perte de vue, le blé mur couvrait la campagne d'un immense manteau d'or... De place en place,
des chemins s'ouvraient, filaient vers de petits villages discrets et riants. Plus enfouis qu'aucun d'eux sous la verdure,l'un menait à Sauchy-Cauchy dont on voit, à partir de Oisy-le-Verger, le clocher pointer au dessus des grands arbres. "Venez voir mon village, nous avait-on écrit, il en vaut la peine"; il compte 500 habitants et il possède un ménage comptant 68 ans de mariage et 3 autres comptant plus de 50 ans de ménage. Arleux est près de là, la route n'est pas longue. Je fus donc à Sauchy-cauchy. Les premiers vieux que je vis, furent, au milieu de maisonnettes très minables d'aspect et qui s'alignent des deux cotés de la rue, perpendiculairement à celle-ci, des arbres penchés sur l'Agache. C'est un ruisselet frais et presque silencieux, il murmure à peine comme s'il craignait, en babillant, d'éveiller le sommeil léger des vicilles gens et des masures vétustes. La population de Sauchy-cauchy est généralement pauvre. De ces 499 habitants, chiffre exact, la plupart sont des ouvriers agricoles dont beaucoup émigrent l'été vers la Picardie et L'ile de France où ils font la moisson. Il y a plusieurs pensionnés; c'est le cas de deux ménages qui nous furent signalés. Sur le seuil de la mairie où j'allais consulter des registres poussiéreux aux feuillets jaunis, pour établir la biographie de mes vieux, trois jeunes enfants aux têtes blondes me barraient le chemin; c'était la petite famille du greffier, de M. Jacquemaire, instituteur, qui accepta fort obligemment de me servir de cicérone. Succesivement, j'ai vu ces Philémon et ces Baucis et leur Histoire me fut contée. J'ai vu et c'est là surtout que les petits vieux de Daudet trottinèrent en ma mémoire, proprets, gais, alertes encore, M. et Me. Goguillon Héroguez. Mais ceux là par exemple, sont d'un modestic outrée et bien fâcheuse, je dis fâcheuse, parce que rebelle jusqu'alors à la photographie, ils n'ont pu se laisser convaincre que leur portrait ferait bien dans le journal. M ct Me. Goguillon qui vivent à l'aise dans une coquette maison, au milieu de leurs enfants et petits enfants ont 56 ans de mariage.
Il y a d'autres exemples de longévité et de vieilles unions à Sauchy-Cauchy. L'année dernière mourait à I'âge de 87 ans un sieur Boutemy qui fût marié pendant 62 ans; sa femme Victorine Canfin a 85 ans. Un autre vieillard achevait lui aussi son existence récemment après 58 ans de mariage avec la dame Foulon qui a 89 ans. Il me fût donner le plaisir de féliciter l'aimable maire de Sauchy-Cauchy, M. Digard, de l'air vivifiant et doux qu'on respire dans sa commune; de cet air qui fait des vieilles gens et de vieux couples. J'eus le plaisir de me trouver en face d'un homme sur la tête de qui le temps a neigé mais robuste encore. Lui aussi chemine dans l'existence depuis de longues années déjà avec une aimable femme accueillante et simple "En vérilé, lui dis-je, c'est ici l'école des vieux ménages !"
"Essayez" m'a-t-il-répondu fièrement et d'un air engageant. C'est à voir l'achever sa vie en famille, loin des tracas et des vanités des villes, paisiblement au milieu des champs roux et des bosquets, à quelques pas d'un ruisseau dont le ronronnement mesure le temps qui s'écoule sans heurts... Est-il souhait plus sage ?

Sauchy-Cauchy en 1914-1918

À la suite des destructions subies pendant la Première Guerre Mondiale, la commune de Sauchy-Cauchy fût décorée de la croix de guerre 1914-1918.

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© Archives de la mairie

Divers extraits d'un article consacré à la commune de Sauchy-Cauchy, relatant le passage de la Grande Guerre sur le territoire d'Osartis-Marquion

Regard d'un poilu sur Sauchy-Cauchy

Jeudi 26 mars 1918,

Dès le réveil, je suis désigné avec Médéric et un camarade d'Abancour pour partir aussitôt en camion en vue d'un travail spécial qui ne nous est pas autrement indiqué. Un soldat armé nous accompagne. Un vent d'ouest souffle par rafales qui projettent, sur nos corps bientôt transis, une pluie glaciale. Où va-t-on ?... Voici Sauchy-Lestrée, puis l'autre Sauchy, dans leur triste abandon. Plus nous avançons, plus s'offre à nous l'affreux spectacle de terres bouleversées, hérissées de barbelés en masse, de blockhaus, creusées de trous d'obus parfois énormes, d'arbres fracassés... et jamais âme qui vive. Le bruit de la canonnade qu'on percevait au départ s'est de plus en plus rapproché. Des maisons sont fort endommagées.

Extrait du journal de Gaston Prache, 1914-1918, Dans mon pays envahi (Editions Humeau, 1969)

Sauchy-Cauchy, un village longtemps sous le feu des batteries anglaises

Le village de Sauchy-Cauchy, limitrophe de Marquion, est tout autant touché par la bataille du Canal du Nord, qui se déroule du 27 septembre au 01 octobre 1918. Avec l'avancée des troupes anglaises, il est libéré dès le premier jour de la bataille par la 56ème division britannique. Ici, le journaliste du Bulletin des Réfugiés du Nord-Pas-de-Calais du 08 décembre 1918 décrit les lieux qu'il trouve à son arrivée: "Sauchy-Cauchy a plus souffert encore que Sauchy-Lestrée et appartient à la catégorie des villages qui sont intièrement à reconstruire. Ce village est resté longtemps sous le feu des batteries anglaises installées entre Baralle et Rumaucourt. Les Allemands couverts là aussi par le canal du Nord, ne croyaient pas en être chassés facilement. La foudroyante avance anglaise vers Bourlon les obligea à déguerpir tellement vite qu'ils n'ont pas eu le temps de tirer parti des barrages établis par eux dans la rivière l'Agache pour inonder le pays. [...] L'aspect de Sauchy-Cauchy est lugubre. Quelques maisons seulement seront peut-être encore réparables. L'église est détruite. Un pan de mur resté debout garde, intacte sur son socle, la statue de Saint-Roch. Le calvaire n'existe plus. La chapelle de Notre-Dame de Délivrance n'est pas touchée, bien que, tout près d'elle, un gros arbre ait été coupé en deux par un obus. Le cimetière n'a été aucunement boulversé. Des éclats d'obus ont seulement un peu endommagé quelques monuments. Le pont du canal a été détruit par les Allemands et s'est brisé net en deux parties. De nombreuses passerelles de bois ont été lancées entre Sauchy et Palluel pour le passage des troupes anglaises, et existent encore. Les deux ponts de la rivière n'ont pas été détruits et un troisième très solide a été aménagé derrière le presbytère. Le village est vide d'habitants. Le 30 juillet, 28 civils étaient rentrés. Ils ont du fuir le 30 août. La maison de M. Wiart père, la seule habitable, est occupée par quinze soldats anglais."

Bien que de petite taille (521 habitants), le village de Sauchy-Cauchy se révèle être relativement important dans le déroulé de la Grande Guerre. Entre le 23 mars et le 10 avril 1918, il accueille en effet un hôpital militaire de campagne, qui verra passer, entre autres, le célèbre écrivain allemand Ernst Jünger. De plus, traversé par le canal du Nord, le village est au centre des combats de l'automne 1918.

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Ci-contre, un Salcicauchissois durant la Guerre: Alfred Joseph Henri DELFOLIE. Il s'engage à 20 ans dans l'armée française, en octobre 1911. Agriculteur et cultivateur à l'origine, il habitait avec ses parents, Ildefonse et Palmyre, dans la commune de Sauchy-Cauchy, jusqu'à ce que la guerre soit déclarée. Soldat de 2ème classe, il est incorporé au 127ème Régiment d'infanterie. Il meurt à 24 ans, le 21 avril 1915, à Châlons-sur-Marne.

L'ancien Moulin de Sauchy-Cauchy

Dominant l'Agache, le moulin à eau de Sauchy-Cauchy moud le blé jusqu'à la guerre puis disparaît sous les bombardements. Il se situé dans la rue Avé, en direction de Sauchy-Lestrée.

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© Archives de la mairie
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© Archives de la mairie